14 octobre 2011

Twisted Fairytale




Onze longues années séparent l'histoire originelle, sortie de l'imagination enfumée d'American McGee, du jeu qui nous interesse aujourd'hui et Madness Returns, aussi évidente puisse être cette affirmation, a bien profité de cette décénie d'évolution du jeu vidéo. C'est beau, propre et, surtout, beaucoup plus facile à jouer. Mon souvenir d'Alice était relativement confu mais les restes de TPS abondamment plateformisé que j'avais entre les dents avaient un large arrière goût de prise de tête : les sauts n'étaient pas precis pour un sou (et ce malgré l'idée rigolote du curseur qui indiquait où on atterrissait).

Attention, hein, Madness Returns a beau être édité par EA, Spicy Horse n'est pas ZE gros développeur qui tue et le jeu est forcément perfectible. C'est pas toujours très fluide, les animation sont parfois étranges et les collisions auraient eu besoin d'un peu plus d'attention. L'Unreal Engine, encore lui, n'aide pas. Les textures font parfois la fête et tout ça n'est pas bien net.
Ceci étant, rien ne viendra vraiment entâcher la progression. Le level design est aussi terrifiant qu'intéressant et, surtout, particulièrement bien pensé : les checkpoints sont placés pratiquement avant chaque saut et rater une plate-forme n'est que très rarement pénalisant. Les combats, eux, ont la bonne idée de se dérouler la plupart du temps en arènes fermées comme dans tout bon beat'em all qui se respecte et tomber en pleine bataille sera très rare. De plus, outre les murs invisibles placés aux endroits stratégiques, le masque de collision d'Alice est largement agrandit lorsqu'on locke un ennemi : je me suis souvent retrouvé les deux pieds hors d'une plate-forme sans pour autant en tomber. Et quand bien même vous trouveriez le moyen de vous rater, les doubles-sauts infinis, la possiblité de planer et le dash-papillion vous sauveront plus d'une fois la mise. Reste la caméra, qui n'a pas toujours un angle idéal. Toutefois, le rythme des phases de plate-forme n'etant pas franchement élevé, on peut facilement prendre le temps de la replacer.
De fait, c'est loin d'être parfait mais néanmoins très agréable : si la plate-forme a tendance à punir toute tentative trop optimiste, la faute en sera généralement imputable au joueur impatient trop habitué à l'automatisme, par exemple, d'un Prince of Persia. On a vite la sensation de jouer à un jeu d'une autre époque, j'ai souvent pensé à Epic Mickey et à ma Nintendo 64. Pour bien ajouter au feeling, y a même des passages en 2D.

Et puis au delà des défauts de réalisation qui pourraient faire hurler les exigeants, le tout a suffisament de gueule et d'ambiance pour entraîner le joueur. Le level design, bien barré, est facilité par le monde fantastico-horrifique qu'on parcourt. Tout est très vertical, avec de grands vides sous nos pieds et des choses qui flottent dans les airs sans raison. De fait, on se pose rarement la question de savoir où aller, le truc étant simplement de comprendre comment. Peu de passages poseront néanmoins problème : la palette de mouvements à la disposition d'Alice est suffisament étendue pour se sortir de toutes les situations.
Le large panel d'armes complètement dingues sera également d'un grand secours. Outre la lame et le poivrier-gaitling vendus par les trailers et les videos de gameplay, on trouvera des tas de petits accessoires aussi glauques qu'amusants comme des bombes-lapins et des pouvoirs magiques bien vicieux. Il sera également possible d'upgrader son arsenal en récurpérant des dents à la manière des orbes rouges de God of War. Pour vous faciliter encore la tâche, une fois sa barre de vie au minimum, Alice a la possibilité deberserker pendant un court instant, devenant invincible et surpuissante. Au sortir de ce mode, elle aura fait assez de victimes pour avoir récupéré sa santé. Vous comprendrez de fait que mourir au combat sera chose rare (certains boss vous ennuierons peut-être, mais rien de bien méchant).
Le bestiaire est par ailleurs fort réussi, parfois très crade, souvent surprenant, mais malheureusement peu diversifié. A contrario, le jeu vous fera voir du pays et il sera rare de passer deux fois au même endroit : le chapitrage des niveaux est assez large, mais les décors changent souvent, certains stages se détruisant carrément sous vos yeux.

Si tout est fait pour chatouiller la rétine, ne pensez pas pour autant que l'environnement sonore a été laissé de côté. Il est rare que je complimente la musique d'un jeu, Madness Returns fera parti de cette courte liste d'élus. Notez que j'écris ça en écoutant le Psycho Circus de Kiss, comme quoi tout est question d'ambiance...

Madness Returns est plaisant à jouer, très, mais j'aurais toutefois du mal à passer sous silence l'inaptitude du scénario à faire bouger autre chose que mon sourcil circonspect. Outre les passages très étranges dans la "réalité" où il est tout simplement impossible de faire quoi que ce soit d'autre que regarder inutilement le paysage entre deux zones à cut-scenes, parcourir Wonderland aurait très bien pû se faire sans se soucier du moindre détail scénaristique. "Avancer et tout casser" semble être le seul but d'Alice et, si on s'amuse des références aux actions réalisées dans le premier volet, on en vient très rapidement à se demander pourquoi la petite brune est de retour. Il y a bien un semblant d'histoire qui se balade entre la psychologie freudienne sur les rêves des enfants et le sombre déni de réalité d'Alice -elle a brûlé ses parents, la vilaine, et c'est pas un spoiler on le sait depuis le début du premier jeu- , mais le récit est tellement décousu qu'on s'en désintéresse dès la deuxieme cut-scene (par ailleurs très réussies, dans un style "cartons animés" très victorien). De même, les "souvenirs" éparpillés sous forme de petites icônes dans Wonderland n'ont absolument aucune utilité. On les ramasse pour jouer au complétiste, mais on n'écoutera que rarement ce qu'elles racontent.


http://cdn.gamerant.com/wp-content/uploads/Alice-Madness-Returns-Gameplay-Trailer-Screens.jpg"Tu viens jouer avec moi ?"


Finalement, si Alice Madness Returns n'est pas, loin s'en faut, un de ces jeux révolutionnaires qui renvoient les autres dans les jupes de leurs développeurs, il correspond parfaitement à ce qu'on -enfin, je- attendait de lui : avec une réalisation pas toujours très fine mais une direction artistique de fou-malade, Spicy Horse réalise un jeu de plate-forme tendance old-school très attachant, nerveux et bourré de bonnes idées. Au fil des parties, il sera de plus en plus difficile de résister à l'envie d'aller faire un petit tour dans ce monde complètement barré... Surtout qu'il y a plein de trucs sympas à ramasser, des costumes rigolos à collectionner, et des zones bonus planquées un peu partout.
Cerise sur le couteau, une version d'American McGee's Alice totalement compatible avec les Windows et les widescreens modernes est offerte avec le jeu. Le gameplay a bien sûr terriblement mal vieilli, mais à l'heure des DLC à $10, ce genre d'attention est fort appréciable.

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